E-mails: 1 cerveau droit: 0 - Un match inégal, il faut arbitrer

1-Halte au Crocodile

Une boutade de psychanalyste dit que quand un homme s’allonge sur un divan il y a un cavalier sur un cheval qui est sur un crocodile et que la question est de savoir qui tient les rênes.
 
Quand un homme est devant écran et qu’il reçoit un mail, on pourrait dire la même chose et se demander qui a accès au clavier ? Force est de constater que souvent c’est le crocodile qui répond ! En tout cas rarement le cerveau droit, siège de la créativité et de l’imaginaire, mais,  au mieux, le cerveau gauche siège de la rationalité et des apprentissages acquis. 
 
 La cascade continue de mails souvent peu utiles, peu pertinents, peu clairs, au ton parfois intrusif, agressif, copiant des interlocuteurs non souhaités ou potentiellement inquiétants et la tyrannie de la réactivité nous encouragent instinctivement à nous protéger. Soit en renvoyant la balle, soit en la refusant, soit en prenant les positions les plus neutres ou les plus conformistes possibles, ou, croyant bien faire, nous tombons dans le piège d’une polémique qui risque de rebondir longtemps entre des interlocuteurs de plus en plus nombreux (le mail est définitivement un mauvais outil de gestion des conflits et n’est pas l’outil collaboratif que l’on croit..) 
 

2-Créativité, confiance, prise de risque et décision, les 4 piliers d’un monde « VUCA »

Se protéger est légitime et I ’instinct de survie est souvent bon Conseiller (Goethe disait » le génie c’est de durer… ») Le problème c’est que nos e-mails surentrainent notre cerveau à la protection, au rationnel de base, à des automatismes qui tiennent lieu de pensée, à des réponses rapides et superficielles. Or, la complexité croissante et l’incertitude grandissante des contextes et des enjeux auxquels nos entreprises  doivent faire face réclament beaucoup plus de créativité, de prise de risque, de réflexion, de concentration et de confiance. 
 
Mais le traitement de nos e-mails qui nous occupe quotidiennement 2 à 4 H risque d’atrophier chaque jour le développement de notre cerveau droit et de renforcer notre déconcentration et nos défiances. L’inflation des mails n’est donc pas qu’un problème de gestion du temps. C’est un problème de développement de l’intelligence et de l’agilité de nos organisations car cette inflation de mails renforce inconsciemment notre aversion au risque et complexifie, retarde et appauvri les prises de décision.
 

3-Comment redonner  à droite de l’espace de cerveau disponible ?

D’abord, commencer par réduire drastiquement le nombre des mails envoyés et reçus : tout ne mérite pas un mail et tous les mails ne méritent pas une réponse. Il faut sortir de la logique de « preuves « que l’e-mail a fini par construire.
 
Ensuite, limiter leur « dangerosité » et leur « viralité » en supprimant tous les interlocuteurs non directement utiles et concernés.( et donc aussi signaler qu’il est inutile de nous mettre en copie ou en destinataire de tel ou tel sujet qui n’est pas le nôtre ou sur lequel on a donné délégation, et donc ne pas répondre aux mails qui ne nous concernent pas véritablement, et l’accepter des autres..)
 
Egalement en traitant l’e-mail comme un véritable écrit, qui mérite civilité, courtoisie, pondération, choix des mots et des formules, inutile de réveiller systématiquement le crocodile qui sommeille en nous ou chez notre interlocuteur (autant que vous ne savez pas dans quelles dispositions il est quand il recevra votre message).
 
Enfin, en décrétant la fin de la réactivité et de la connectivité permanente. Ce n’est pas parce que le mail est reçu instantanément qu’il faudrait y répondre à la même vitesse et 7/24.
 
Nous avons le droit de choisir nos interactions pour préserver la qualité et l’utilité de celles-ci, et nos interlocuteurs méritent des réponses réfléchies qui peuvent souvent se donner en face à face pour le plus grand bien de tout le monde.

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